Iyhel || la paille, la poutre, etc.


Le Mur

lundi 9 novembre 2009

Pas de télé, pas de radio ou presque, juste le survol quotidien de quelques sites internet... j’ai l’impression d’échapper à une certaine hystérie commémorative. Peut-être me trompé-je, peut-être que ça ne matraque pas tant que ça, peut-être que lire les éditos du Figaro me rend un peu parano... Peut-être aussi que je participe à cette hystérie en écrivant ce billet après tout.

Le 8 mai, chaque année, nos dirigeants se réunissent, petit doigt en l’air, pour des cérémonies très dignes et un peu poussiéreuses célébrant la victoire du monde libre sur l’hydre nazi, sous l’Å“il presqu’attendri des caméras. En écho, on remet ça sur un ton un poil plus viril et champêtre du côté de la Normandie au mois de juin. [1]
Là, je sais pas ce que ça va donner pour la dignité des cérémonies, mais pour ce qui est de l’Å“il des caméras, il est injecté de sang. [2] Visiblement, le cadavre de l’ogre stalinien n’est pas encore assez décomposé, il est encore possible de donner de vigoureux coups de pied dedans, sans trop se salir de surcroît.

Alors que la "crise", ses causes, ses prémices, ses rebonds sans fin, démontrent un peu plus chaque jour la perversité du système économique actuel et l’indigence idéologique de nos gouvernants, sans parler de leur honnêteté et de leur sens de la démocratie, qu’il est bon pour eux de pouvoir clamer : " Le communisme est mort le 9 novembre 1989 ! "
On a gagné par K.O., fin de l’histoire et règne éternel du capitalisme-roi. [3] Ainsi le veut la fable.

Chacun est invité à prendre son marteau-piqueur virtuel pour aller casser son morceau de mur et refaire l’histoire sur la toile pour mieux s’approprier le mythe.

En novembre 1989, j’avais à peine 11 ans. À vrai dire, je ne me souviens pas de grand-chose de précis sur l’évènement en lui-même, à part de vagues scènes de liesse à la télé aux infos. Mes parents, un peu plus tard, ont acheté un CD de la 9e symphonie de Beethov’ jouée à Berlin, le coffret spécial avec un morceau de mur dedans. Et puis au mur une photo, très réussie, d’un pan du mur qu’on abat, avec la foule exhubérante autour. Avec le recul, pour d’anciens maoïstes, ça fait bizarre ; certes, c’était l’époque où la deuxième gauche avait le vent en poupe.
Le bout de béton dans le coffret, je me suis souvent demandé si c’était un vrai. Rien ne ressemble plus à un bout de béton qu’un autre bout de béton. Surtout quand le gluon ne répond pas.

Avec le recul et le flou des souvenirs, les scènes de liesse populaire ressemblent beaucoup à ce qu’on a pu voir en Ukraine et en Géorgie il y a deux ou trois ans. Ça donne à réfléchir.

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : je ne suis pas un admirateur secret de la Stasi, et même si je ne l’ai pas vraiment connue, je ne regrette pas une époque où deux millions de soldats se faisaient face de part et d’autre du rideau de fer. [4] Je fais partie d’une génération qui n’a pas vécu la guerre froide, qui ne réalise pas quel poids [5] pouvait peser au quotidien sur des millions de gens ; cela fait-il de moi un insouciant inconscient ou est-ce que ça me donne la distance nécessaire pour avoir une vision du monde moins manichéenne que ce qu’on essaie de me vendre à tout prix ?

La chute du Mur aurait tout résolu. [6]

Et le monde post-communiste est une telle réussite qu’il a fallut inventer le choc des civilisations pour continuer à berner la foule, dont une fraction s’est assez vite rendue compte que tous ce que les communistes avaient dit sur le communisme était faux ; mais tous ce qu’ils avaient dit sur le capitalisme était vrai. [7]

Quant au Mur qui illustre ce billet, on attend toujours qu’il tombe, et tout ce qu’il porte en lui.


Post-scriptum : mon discours ne date pas vraiment d’hier... (Mano Negra, album King of Bongo, 1991)

Ah et pour ceux qui se poseraient la question, la vignette tout en haut, c’est un des beaux paysages de Palestine.

Notes

[1] au passage on occulte considérablement le front européen de l’est, sans même parler de la guerre en Asie...

[2] pour ce qui concerne les cérémonies, il est bon de signaler que ça a commencé par une messe ; l’alliance éternelle du sabre et du goupillon je suppose.

[3] le mot capitalisme est ambigu, j’en suis conscient...

[4] déjà que la vue d’un malheureux Famas dans une gare m’horripile, alors deux millions de troufions prêts à en découdre... brrrrr...

[5] très indirectement, l’ampleur du thème de l’autodestruction et du post-apocalyptique dans la littérature d’anticipation des années 60 aux années 80 en donne un aperçu.

[6] allez déjà dire ça aux Bosniaques ou aux Tchétchènes...

[7] pour paraphraser un dicton en vogue.

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"... si les corbeaux, les vautours, un de ces matins disparaissent, le soleil brillera toujours !"
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