dimanche 28 février 2010
Je sais pas si la campagne électorale vous passionne. Moi pas. L’intérêt que j’y porte est grosso modo proportionnel à celui porté par les élus régionaux pour les tréfonds de l’ÃŽle-de-France. [1]
Qui plus est, les sempiternelles tractations entre groupuscules de gauche me lassent : que d’énergie dépensée en pure perte. On épuise les militants, on décourage les sympathisants, on fait rire les autres. Sachant que je n’espère rien, électoralement, avant 2017, je n’éprouve aucune envie de gâcher la mienne, d’énergie.
Alors qu’on pourrait en profiter pour faire un peu plus d’éduc’pop ; comme si le boulot manquait. Oh, y a bien quelques sujets intéressants comme le financement des retraites qui s’invitent dans la campagne mais comme personne n’est capable de poser les termes du débat correctement... Et je ne parle même pas des figures imposées.
Pendant ce temps-là , la droite continue son bonhomme de chemin, aidée par son emprise sur les médias. Le thème insidieux du moment : la violence des mineurs.
Je sais pas si vous avez remarqué, mais de mi-janvier à mi-février, tous les journaux, quotidiens et hebdomadaires, y sont allés de leur rengaine sur l’augmentation démesurée (forcément) de la délinquance infantile. Au cours de ce mois, systématiquement, vous pouviez trouver en une un fait d’hiver [2] relatif à l’agression d’un prof, le racket d’un petit vieux, le poignardage d’un camarade de classe et j’en passe - c’est qu’ils ont de l’imagination hein les jeunes d’aujourd’hui. Petite accalmie et hop, on sort des chiffres gonflés artificiellement (par leur présentation mais aussi par le zèle sur commande de la maréchaussée depuis six mois) pour enfoncer le clou. Au passage de la loi LOPSI 2, entre deux cadeaux aux éditeurs de musique, on colle un risible couvre-feu pour les moins de 13 ans. Et tout ça prépare la grande réforme de la fameuse "ordonnance de 1945" ; juste la sixième retouche en 6 ans, une broutille.
Et donc toute la presse à grand tirage [3] embraye joyeusement, ravie de jouer son rôle de conditionnement des cerveaux au service des politiques. Des politiques qui tout en lançant de grands mots emplis de lyrisme à Copenhague, pleins de promesses d’avenir pour les générations futures, horrifiés à l’idée de leur laisser une dette publique scandaleuse en plus d’une planète pourrie, cependant, passent leur temps à la criminaliser.
Je rappelle juste en passant que ça a commencé sérieusement avec le ministre de l’intérieur de 2005 [4] qui parlait de détecter génétiquement les malfrats à la naissance. [5] Quand il demandera à son garde des sceaux et à son Auvergnat de nous présenter sa réforme, on sera mûrs, convaincus que le petit dernier planque déjà des AK-47 dans son bac à sable.
Tous les éditocrates suivent, donc. Et aucun parti politique "progressiste" ne le dénonce. [6]
Ça sent de plus en plus le moisi.
Qu’attendre d’une société qui a peur de sa jeunesse ? C’est le signe de la perte de légitimité de l’autorité...
P.S. : le titre c’est rapport à la reprise de My generation des Who par Patti Smith que je voulais mettre en fond sonore mais visiblement Deezer a changé d’approche et ne propose qu’une version tronquée donc tant pis pour vos oreilles parce que j’ai la flemme de l’encoder en mp3 là maintenant.
[1] et encore, on a une élue verte qui vient du patelin d’à côté, ça en fait au moins une qui sait que Nemours n’est pas en province.
[2] z’avez remarqué ? l’été, c’est plutôt les pervers sexuels.
[3] à l’exception notable de Daniel Schneidermann dans Libération, fidèle à son rôle de critique des médias - gentillet mais critique.
[4] rappelons que le vote Sarkozy-UMP est strictement proportionnel à l’âge de la victime de l’électeur.
[5] pas encore à la conception, c’est déjà ça ; dans dix ans, ce sera le permis de procréer, une idée à la mode sur les forums de droite.
[6] rien à se mettre sous les yeux sur ce thème depuis six mois, que ce soit au NPA, au PG, au PCF, au PS ou chez les Verts.