samedi 17 juillet 2010
Voilà , aujourd’hui, cela fait 10 ans que je bosse. (d’ailleurs aujourd’hui je ne bosse pas, c’est samedi !)
À dire vrai, ça n’est pas tout à fait exact : j’ai commencé à bosser il y a dix ans - mais entretemps je me suis débrouillé pour m’accorder cinq mois de chômage et six semaines de préavis pas fait. Et puis il faudrait également prendre en compte mes stages et ma très courte expérience en intérim lorsque j’étais étudiant pour financer mes excès de vitesse mais on ne peut pas dire que ça compte vraiment...
Bref.
En dix ans, j’ai connu quatre employeurs. C’est à la fois peu et beaucoup : certains copains de promo n’ont pas changé une seule fois de boîte ; et j’ai des collègues qui sont dans le même bureau depuis plus de vingt ans.
Un licenciement et deux démissions, je commence à m’y connaitre un peu en droit du travail... Et j’ai la fâcheuse habitude de partir en laissant le boulot en plan, ce qui n’enrichit pas beaucoup l’estime de soi.
C’est pas que ça m’amuse mais déjà , à la grande loterie sociale, ben quand je tombe sur un con et que c’est mon chef, j’ai du mal à rester. Parfois, il me faut du temps pour m’en rendre compte, je suis un peu lent et naïf mais à partir du moment où on réussit à épuiser ma patience, je ne fais pas long feu.
Plus profondément, c’est aussi que j’ai du mal à garder ma motivation très longtemps tellement je constate d’inepties dans l’organisation du travail. J’ai pourtant eu la chance de bosser dans des milieux plutôt intéressants, tournant autour de l’énergie et de l’eau, deux choses assez essentielles pour l’activité humaine, utiles quoi. Mais on en gâche tellement de l’énergie justement, en conflits stupides, par manque de formation, par la prépondérance du financier sur toute autre considération, en bêtise crasse. Mes récits de chantier en Calédonie sont assez représentatifs, c’était peut-être plus intense au quotidien, mais certainement pas exceptionnel. Hélas.
J’ai toujours su que je n’étais pas fait pour ce métier. Enfin pour le métier d’ingénieur, si, faire du lego c’était bien mon but. Mais pas pour tout le merdier qui l’entoure. Le hic étant que je ne suis pas sûr de savoir faire autre chose...
J’ai longtemps caressé dans un coin de ma tête l’idée de trimer pendant dix ans pour amasser un petit pactole puis de changer complètement de vie pour faire quelque chose qui me siérait plus. Mais quoi ? La musique même pas la peine d’y penser, je suis convaincu d’avoir le talent mais en aucun cas le dixième de la rigueur nécessaire pour ça - et puis comme milieu à la con, ça se pose là ! L’enseignement, voir d’autres s’y épuiser ne m’en a pas découragé cependant je ne suis pas sûr de pouvoir supporter le discours officiel imposé. Le retour à la terre ? J’ai peur que le combat que serait ma vision de l’agriculture face aux dérives productiviste et féodales actuelles ne soit difficilement compatible avec la tranquillité de ma famille...
Et soyons honnêtes, la facilité fleurit sur l’inertie, surtout quand celle-ci est gage d’un nombre certain d’avantages matériels très concrets !
Voilà , voilà , je sais où je suis mais je ne sais toujours pas, au bout de dix ans, où j’irai. Dans deux ou trois ans, si je tiens jusque là (je suis un peu fatigué en ce moment mais trois semaines de vacances devraient me permettre de recharger les batteries) je devrai probablement faire un choix : rester et accepter plus de responsabilités, sans avoir la garantie que j’aurai la marge de manÅ“uvre suffisante pour essayer de transformer la façon de fonctionner de la boîte en quelque chose de plus proche de mes convictions, quelque part vers la coopérative autogérée ; ou tout quitter à nouveau. Tout, parce que j’ai aussi la mauvaise habitude, en plus de ne pas finir le boulot, de me fâcher un peu beaucoup avec mes ex-chefs et de brûler les ponts. Remarquez, si ça devait arriver, ça ferait plus de quatre ans, je battrais mon record.
Ce qui est clair, c’est que trente ans comme ça encore, ça va pas être possible.